• William Klein

    paris-vogue-1958

    Très important : lire le texte pour comprendre ce photographe d’exception.

    William Klein est un photographe bien connu, pas autant que Doisneau et pourtant c’est pour moi un peintre d’une époque qui s’est attaché à montrer la vie un peu partout dans le monde.

    Alors après Doisneau auquel j’avais consacré un article (rubrique « Un photographe à l’honneur » dans le menu de droite), j’ai eu envie de vous faire découvrir William Klein.

    Ce qui l’intéresse avant tout ce sont les gens, qu’il aille au concert des Rolling Stones, à la plage ou encore au match de Football de saint Etienne, ce n’est pas le spectacle qu’il photographie mais les gens.

    J’ai eu l’occasion de visionner une vidéo qui m’a beaucoup émue. Bien sûr il utilise un appareil photo d’un autre temps, avec des images en noir et blanc et une qualité d’image qui n’a rien à voir avec ce que nous sortent les boitiers actuels MAIS … je ne suis pas certaine que l’on retrouverait la même EMOTION avec le piqué de nos chers boitiers électroniques.

    L’ére du numérique fait que de plus en plus on s’attache au piqué des images après avoir parlé de netteté, (netteté et piqué étant des choses différentes) alors qu’à l’époque on s’intéressait avant tout à ce que les photos parlent, et les photos de William Klein parlent !

    La plupart des photos insérées viennent de la vidéo que j’ai visionnée alors pardon pour la qualité.

    Prenez le temps de lire le texte qui accompagne les photos, vous rentrerez ainsi dans son monde, son ressenti.

    J’ai essayé de vous retracer ce que dit ce grand photographe au sujet de la photographie dans ce documentaire, comment il la ressent et je lui laisse la parole :

    « Après les avoir prises (les photos) on les lit comme un texte, de gauche à doite. Ce qu’il voit à travers le viseur : son hésitation, ses ratages, son choix. Il choisit un moment, un cadrage, un autre moment, un autre cadrage, il s’acharne, il s’arrête. On voit rarement toutes les photos, on ne voit que la photo choisie. On ne voit pas l’avant et l’après. (c’est  lui qui parle).

    Une photo prise : 1/125ème de seconde, c’est ce qu’on connait du travail d’un photographe… Un centaine de photos, peut-être 125 c’est une œuvre, ça fait en tout 1 seconde… peut-être 250 photos, ce serait déjà un œuvre conséquente et ça ferait deux secondes : La vie d’un photographe, même d’un grand photographe comme on dit… : 2 secondes.

    Pourquoi on fait une photo plutôt qu’une autre ? Et ensuite pourquoi on choisit telle photo plutôt qu’une autre ?

    Une photo de statues. Moins de surprises qu’avec des personnages vivants mais les même problèmes : que cadrer ?  comment photographier ? …Fais un gracieux sourire chérie… de suite ma petite souris… voilà c’est bien, bouge pas. Pour la statue pas de risque qu’elle bouge elle est clouée au sol. Voilà c’est ça la photographie… à peu près.

    Une photo de groupe, l’un s’en va… une seconde photo, meilleure. Une pose d’album de famille, des lignes de fuite, ou, le hasard fait une photo… Une photo graphique, une affiche déchirée, ici il n’y a qu’à cadrer, on pourrait en faire mille ça n’a pas d’importance, tout est bon. Il y a partout des photos comme ça, il suffit de tomber dessus…. Celle-ci est peut-être meilleure que celle là, ou… que celle-ci… ou que celle là…

    Un autre groupe avec un enfant, j’emploie le grand angle, sur le côté les personnes ne se savent pas qu’elles sont photographiées… Elles rient, pendant deux ou trois minutes c’est l’appareil qui déclenche l’hilarité. On fait le clown, « mets lui son chapeau »,  puis il y a une limite, pour moi et pour eux, la surprise, la complicité se tasse… On va quand même pas y passer la journée.


    Tokyo dans la rue des danseurs s’avancent en se tordant convulsivement, là je mitraille, c’est comme si je filmais, les danseurs avancent sur moi, je cadre, j’arme, je déclenche. J’aime l’excitation de cadrer, d’armer, de réarmer. Je marche à reculons, ils avancent toujours impassibles, les voitures nous frôlent, on s’excite les uns les autres.


    humanite

    Paris manifestation. Au milieu de la foule qui avance, je recule en cadrant et en recadrant. L’humanité (Banderolle du nom du journal cadré en haut de la photo). « L’humanité »… pour les français c’est un journal, pour les étrangers c’est peut-être la désignation de l’espèce, pour moi c’est les deux. Je veux une photo où la bannière Humanité flotte au-dessus des pauvres humains désemparés.


    New york, ce jour là je fais un album sur la typographie, sans personnage, les murs, les enseignes, la vitrine d’un bar, le « Happy days bar », le bar des jours heureux, un type vient voir, je lui fais signe « bouge pas », une photo avec son reflet dans la vitrine :

    happy_days_bar



    Puis il en fait un peu plus :

    happy_days_bar2

    C’est autre chose.



    Au sud des Etats Unis, un accident, la voiture est affreuse mais la dame indemne, un policier est là, on voit son flingue, ses menottes, ses clés, il cache la dame, la voiture :

    accident

    Je cherche la dame, je la retrouve un peu plus tard. Le constat :

    le-constat

    Je me crois dans un film américain.

    Paris 1968, dans la rue, je prends n’importe quoi, je vais à la pêche, plus loin, un moment rare, un monde, je vois tout d’un coup, le premier plan, le deuxième plan, le troisième, le quatrième, le couple 1, le couple 2, le petit magot au fond, des gens aux fenêtres. Et comme toujours un qui me surveille.

    paris-1968_01

    …Seconde photo, il n’est plus là, ça ne marche plus.

    Une photo c’est tout. Déjà pas mal.

    Tokyo dans le métro, j’emploie des expositions lentes, 1/8ème de seconde, par là. Des images bougées, je joue avec le hasard, puis quelque chose se passe, là c’est une photo… pour d’autres non.

    Un bal l’année dernière, au flash avec des expositions lentes, la lumière ambiante estompe les contours, un monstre sort du brouillard de lumière, me dévisage, une photo. Une femme arrive, se fige dans le flash, sur la planche contacts je la retrouve, parfois je suis surpris ou déçu. Là non ça va… »

    A la campagne, une course d’ânes dans un village de 420 habitants, il photographie les gens par groupe derrière les barrières. « On me croit du canard local, on ne fait pas trop attention, des viticulteurs, la boulangère, le cantonnier, l’adjoint du maire, tout le monde. Je pourrais faire un kilomètre comme ça, fixant groupe après groupe. »



    « Le stade de saint Etienne, je longe les tribunes, presque pas de femmes (dans la foule des spectateurs), les Verts ne font rien de bon. Derrière le grillage les supporters souffrent… tragique le football… surtout les fans.


    football


    New york, près de la plage. « Près du terminus de métro, on arrive avec les maillots, la bouffe, la glacière, le désordre d’un coin de rue, la photo, une tranche de ce désordre :

    new-york_coin_de_rue

    Au fond contre le mur une femme et son gosse, je cadre la foule autour d’eux, les gens bougent, ils disparaissent.

    …Je sens ce couple isolé au fond, ils disparaissent… ils vont ré-apparaître…non. Ils sont quand même là, je les sens.


    Concert des Rolling Stones à Paris en 1982,

    rolling_stones1


    Je suis tout près mais…personne semble me voir.
    Je m’approche. Des regards, des visages dans tous les sens. Je cadre comme si j’étais en studio.

    Là c’est presque une photo :

    foule rolling stones

    Puis un visage apparaît à gauche…là c’est une photo :

    rolling_stones4

    « Voilà quelques photos, sur une centaine de non photos, quelques planches-contacts… quelques secondes. »

    La vidéo dont j’ai tiré ces photos est téléchargeable sur Itunes.

    Je suis étonnée de sa modestie, les pros ont tendance à ne pas avouer les photos qu’ils ratent, William Klein résume ces bonnes photos en secondes, comme si ce n’était presque rien. On sent qu’il fonctionne avant tout avec son ressenti, sa passion pour les gens surpasse tout où qu’il soit, c’est la foule, les personnages qui l’intéressent. Ce sont ces sentiments qui m’ont émue et bien sûr pas la qualité des images. Parfois il serait bon d’oublier la technologie pour se replonger dans nos émotions ;-)

    Vous allez me dire : » Mais tout le monde peut prendre de telles photos ! » Peut-être et avec ‘importe quel appareil photo expert mais malgré l’impression de prise de vues instantanée vous avez dû vous rendre compte qu’il choisi ses cadrages, ses réglages en fonction de la lumière, de ce qu’il veut exprimer, cette facilité n’est qu’apparente. De plus si il a décidé de ne montrer que des photos prises sur le vif, c’est un excellent photographe de studio…


    Etonnée aussi par le choix des photos qu’il a choisi pour parler de lui dans cette vidéo, William Klein a cependant pris des photos plus posées, plus étudiées comme celle-ci (ou la première que j’ai mis en accroche) :

    william-klein1958


    ou encore celle-ci :

    william_klein_photographe_femme


    ou encore :

    femme_et_oiseau

    On reconnait ici le vrai photographe professionnel qui connait toutes les règles de l’art photographique mais son choix pour la vidéo s’est porté sur des photos moins connues mais qui surement correspondent plus à « des instants de vie » où l’émotion était la directrice de ce qu’il fixait ;-)
    Un choix de photos qui correspondent à son « moi intime » plutôt que les meilleures prouesses techniques.

    Quand je l’écoute parler j’ai envie de prendre mon boitier et d’aller prendre des images « vraies », de la vraie vie, celle de tous les jours, de ces gens qui déambulent dans la rue, des enfants qui rient, des jeunes et de leur expression…

    Je me sens assez proche de lui, ayant envie parfois de bien composer mes photos pour en tirer avant tout une « belle » photo puis à d’autres moments de me laisser aller à prendre simplement… des scènes de vie, sans chercher absolument le côté artistique mais tout simplement des images qui parlent.

    Parfois il n’y a pas besoin d’avoir de dernier boitier sorti, on peut faire vivre une photo avec un compact expert, si l’image vous atteint vous oublirez instantanément la technique et c’est le sujet qui vous parlera, c’est tout de même l’essentiel non ?
    Alors oublions ce full frame hors de prix que l’on ne peut malheureusement pas s’offrir et faisons chanter nos photos.

    Et une fois de plus je citerais ma phrase préféré : « Une bonne photo, c’est une bonne lumière, un bon sujet, un bon cadrage, l’appareil photo n’est que le pinceau du peintre ».
    Avec les boitiers actuels n’importe qui peut sortir de belles photos… tout dépend de l’oeil du peintre, de sa connaissance de l’analyse de la lumière (et des ombres !) , du cadrage et de sa capacité à reproduire ce qu’il ressent au moment où il déclenche.
    Et au niveau de la qualité du fichier en lui même on a largement dépassé ce que pouvaient offrir les appareils photos d’un autre temps.

    ;-)


    William Klein, né le 16 avril 1928 à New York est un photographe américain, peintre et réalisateur de films. Il est parfois surnommé bad boy. Il vit et travaille à Paris.

    En photographie, il a réalisé des livres marquants ayant pour thème des grandes villes: New York, Rome, Moscou, Tokyo et enfin Paris, où il vit depuis 1948 et qu’il aime cosmopolite, multiculturelle et multiethnique. il découvre l’Europe en faisant son service militaire, s’inscrit à la Sorbonne puis étudie la peinture avec Fernand Léger. 
    Il a influencé des artistes comme Helmut Newton, Richard Avedon, Frank Horvat, David Bailet et Jeanloup Sieff. Il a aussi révolutionné le genre de la mode.

    Klein ignore les tabous, emploie le grand angle, le grain, les contrastes violents, le bougé, les cadrages inhabituels et les accidents. D’emblée, il impose un style unique, dans ses livres et ses expositions, puis au cinéma, où il s’impose.

    En 1954, il rencontre Alex Liberman, directeur artistique de Vogue, qui lui propose un contrat et des moyens financiers pour poursuivre son travail. Il est l’un des photographes attitrés de Vogue avec Richard Avedon. Il part à New-York et réalise un « journal photographique » de son séjour. Il en tire un livre : « New-York » qui sortira au Seuil en 1956 appuyé par Chris Marker. Son travail photographique contraste avec tout ce qui s’était fait auparavant. Novateur, il suscite des réactions violentes et obtient le prix Nadar en 1957. Le livre devient très vite un livre de collection quasiment introuvable aujourd’hui sauf à des prix exorbitants.

    Deux maîtres de la photographie signent l’entrée de la photo dans l’art contemporain. Robert Frank et son ouvrage « Les américains », et William Klein avec « New-York », initient une véritable révolution : la photographie est considérée comme une rupture avec l’ancienne école et l’image propre, parfaite, autonome (Cartier-Bresson, Doisneau, etc.) : décadrage, flous, grains, mouvements et bougés, forts contrastes. Il adopte la leçon de Capa : « Si tes photos ne sont pas bonnes, c’est parce que tu n’es pas assez près ».



    doroty_hotel_du_sud

    Doroty hotel du sud, 1963



    Pour ses photos de mode, il a réellement révolutionné le genre : ses mannequins n’ont pas les mains sur les hanches et leurs pieds ne prennent plus la position de danseuse classique et sont le plus souvent dans la rue. Un parfum de scandale entoure son œuvre. il amène de la modernité au milieu de la mode.

    En 1982 et en 2005, le Centre Pompidou lui consacre une grande rétrospective et co-édite avec la maison d’édition Marval, RETROSPECTIVE, ouvrage de plus de 400 pages qui retrace ses travaux photographiques, films et peintures les plus importants.
    Il reviendra à la peinture avec ses contacts peints, faisant une sorte de synthèse entre la peinture et la photographie.

    William Klein a réalisé lui-même les maquettes de ses livres, voulant un « nouvel objet visuel », rompant avec le style classique d’une photographie sur une page avec des marges blanches et le texte explicatif sur l’autre. Il a été à l’origine d’un changement éditorial avec des doubles pages et des pleines pages sans marges de photographie, modernisant la lecture : les photographies apparaissent au lecteur comme un film.

    Prix et récompenses :

    • 1957, Prix Nadar
    • 1966, Prix Jean-Vigo
    • 1988, Prix culturel de la société allemande de photographie
    • 1990, Prix Hasselblad International
    • 2007 Prix Infinity Award pour l’oeuvre d’une vie
    • 2010, docteur honoris causa de l’université de Liège
    • 2011, Arts Masters de Saint Moritz
    • 2012, Sony World Photography award.

    et encore : Grand prix National de France, rang de commandeur des Arts et des Lettres, la médaille Millénium en Angleterre. Le Grand Prix de Photo Espagna, celui de la biennale de Moscou et de l’Institut Américain des Arts pour l’ensemble de sa carrière.


    Photographies célèbres :

    • La photo « Gun 1, New York » (1955).
    • La photo « Sainte famille à moto » (Rome, 1956).
    • La photo « Cineposter » réalisé à Tokyo en 1961.
    • Le travail pour « Vogue » réalisé avec des mannequins de mode dans les rues de New York, Rome et Paris en 1963.
    • La pochette de l’album Love on the Beat (1984), réalisée pour Serge Gainsbourg.
    • Le travail « Club Allegro Fortissimo » (1990).
    • « Autoportrait » (1995), un livre de contacts peints.


    Livres :

    • « William Klein Monographie », Ed. de L’Oeil, 2010
    • « Roma + Klein », Ed. du Chêne, 2009
    • « Contacts », Ed. Delpire, 2008
    • « William Klein », Ed. Centre Pompidou / Marval, 2005
    • « Paris + Klein », Ed. Marval, 2002
    • « William Klein pour la liberté de la presse », Reporters Sans Frontières, 2001
    • « New York 1954-1955″, Ed. Marval, 1998
    • « In and Out of Fashion », Ed. Random House, 1994
    • Photo Poche, Ed. Actes Sud, 1992
    • Close up, ed. Thames & Hudson, 1989
    • Moscou, et Tokyo, ed. Zokeisha, 1964
    • Rome, ed. Feltrinelli, 1958

    8 responses to “William Klein”


    • Cyan

      C’est lui qui m’a fait entrer en photographie quand j’étais étudiant aux beaux arts de Bordeaux.
      Il a eu au départ une formation de peintre (atelier de fernand Léger qui a peint des gens et la ville moderne naissant au début du 20ème siècle)…

      Klein à bouleverser, grâce à cete expérience de peintre, la manière de faire de la photo. Oui c’est un sacré oeil pour photographier les gens et aussi les lieux où ils vivent… il a fait des portraits de ville incroyables (Rome, New-york…)

    • Merci pour cet article si bien construit et ce partage.

    • Superbe article, merci! ;)


    • pepite

      Steph j’étais sûre que les photos et le style de William Klein te plairaient, j’ai d’ailleurs pensé à toi en écrivant l’article ;-)

    • Tu vas me faire rougir!!! ;)


    • pepite

      Ne rougis pas, d’ailleurs tu mérites bien ta place aussi dans la rubrique un photographe à l’honneur :-)

    • Bonjour,

      et merci pour l’article,

      mais de quelle vidéo sur William Klein, quel documentaire s’agit-il… ?

      merci,
      cordialement,

      Frédéric.


    • pepite

      Bonjour Frédéric,

      Je ne sais plus, le temps est passé depuis que j’ai écrit cet article mais comme je le dis dans l’article, il est tiré d’une vidéo téléchargeable sur itunes. En faisant une recherche sur itunes avec les mots William Klein on devrait la retrouver.


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